Mercredi 11 mai 2011
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Au début, entre deux rondes de nuit, Veca sculpte sa première tête d'humain dans un rondin de
bois. Sur du "temps perdu", un maillet et des ciseaux à bois remplissent les longues veilles nocturnes d'un métier
solitaire.
D'un boulot à un autre, il cherche à occuper son énergie et débute ses 20 ans de sculpture par des pièces
modestes, en bois, en métal...
Puis, il s'attaque à des arbres entiers! Normal quand on fait désormais profession d'élagueur. 8 ans
de footing dans les cimes font de lui un expert de la tronçonneuse.
Fidèle à la même marque depuis 10 ans, il ne change que de guide, cette composante de la tronçonneuse qui
entraîne la chaîne.
Au fil des troncs, le bucheron-poête se laisse tenter par la création de bustes; les bustes féminins d'un
amoureux insatiables des lignes et des courbes.
S'il travaille dans ces débuts d'après photo, il se passe aujourd'hui de modèles.
Le jeu consiste à détourner les proportions, à suivre les lignes et les noeuds du bois pour dessiner un corps.
Veca préfère les arbres bizarres, ce sont ses favoris; leur essence est plus pure, leurs couleurs plus chaudes. Ce sont les incongruités de la matière qui vont aider à faire naître la pièce.
Prenez une souche, une loupe de frêne; préférer celle qui qui a subi une dégénérescence du bois importante. Si
elle est tortueuse, nouée, attaquée, tourmentée... elle est pour lui.
Pour joindre à l'agréable l'utile, le sculpteur réalise également du mobilier. Et là encore, le
bois et les pièces de métal vont l'inspirer:
une assise, un guéridon, un piedestal...
Exercice de style, choisissez une pièce industrielle, mécanique ou ususelle. Si elle résonne, si elle vrille,
si elle se caresse, si elle luit, elle est sienne. Bronze ou laiton, il la déclinera, travaillera la torsion, fera acte de soudure, pour qu'elle soit agréable à son oeil.
Pas à un paradoxe près, alors qu'il aime le refuge caché de la forêt, Vincent se décide, un jour de 2009, à
tenter l'aventure collective d'un atelier à Centrale 7.
Encore un peu étonné de s'y plaire, il y fait voler les copeaux dès le petit jour.
"Il faut que ça tourne, que ça usine".
Son regard affuté continue à chercher la pièce qui va l'emballer.
Il vit pour cela, pour cet instant d'harmonie avec la matière, quand elle lui confie son désir de sculpture.
Cécile PAVEC